Comment être pédant et imbitable. Hollande-normal reloaded - Première constatation, règles 4 bis, 8 bis
Cher public, foule en délire, admiratrices langoureuses, bonsoir. Il faut bien l'avouer : depuis quelque temps, je croule sous les propositions les plus malhonnêtes (mais sexuellement très alléchantes), à tel point que, pour satisfaire la demande, je ne dors plus depuis trois mois. Depuis la création des « Carnets de la Toile », LA rubrique qui vous dit tout sur le vrai cinéma des vraies gens, et son succès intercommunal non démenti ; les milliers de propositions dépravées qui me parviennent ne poursuivent qu'un seul but : apprendre mon secret pour être pédant et imbitable, comme vous l'indique déjà la légèreté de cette phrase, qui, si je m'appliquais, pourrait être encore plus indigeste mais je sais maîtriser mes pulsions. Dans un élan christique et salvateur, teinté de bilmeurisme toutefois, j'ai décidé, unilatéralement avec moi-même, à l'américaine quoi, de céder aux caprices de la foule. Oui, cher public, tu as compris : après avoir lu ce petit digest, tu posséderas toutes les clefs pour devenir brillant, pédant et imbitable en société ! Les hommes te craindront, les femmes te vénèreront, à moins que cela ne soit l'inverse, soyons modernes. Es-tu prêt, public
Welcome to the Imbitable Kingdom
MANIFESTE PÉDANT.
A.1. Prolégomènes propédeutiques à visée sociétale.
Première constatation : Il n'est pas donné à tout le monde d'être pédant et imbitable. Par un étrange tour du destin, la plupart des gens, si on y regarde bien, sont courtois, un peu réservés voire délicats car ils savent qu'ils sont sujets à l'erreur. Parfois, ils prêtent même attention à ce que leur interlocuteur leur raconte et ils s'y intéressent. Cette situation est, bien entendu, intolérable. Nous devons y remédier. L'élection de François Hollande nous prouve bien que les gens sont encore, malheureusement, sensibles à la courtoisie. Les larves.
Seconde constatation : « Les gens du commun ont le plus grand respect pour les spécialistes de tout ordre. » Schopenhauer. Retenez bien ceci : peu importe ce que vous dites, c'est le statut que vous occupez qui va déterminer la validité sociale de votre parole. Si votre statut sociétal est moyen voire minable, il vous faudra imposer un statut moral ou intellectuel, sans quoi tout est foutu.
Troisième constatation : l'habit fait le moine. Avec une cravate, la portée sociale de votre avis s'intensifie trois ou quatre fois. Enfin, il vous faut le costume et les souliers avec, évidemment, car si vous êtes nus avec juste une cravate au restaurant, l'effet recherché va tomber à l'eau. Dans une orgie, au contraire, ça ira bien, mais on ne va pas dans une orgie pour parler ; sans compter que si vous êtes imbitable dans une partouze, vous vous serez déplacés pour rien, avec la difficulté qu'on a pour se garer, merci bien. Bref, l'habit fait le moine, ne l'oubliez pas. D'ailleurs, les religieux eux-mêmes se rendent souvent aux orgies, n'en faisons pas un fromage. Et je ne parle pas que de la Chaussée aux Moines, la veinarde !
Quatrième constatation : il faut toujours taper sur quelqu'un. Les gens, même les mieux intentionnés, recréent toujours le phénomène du bouc émissaire lorsqu'ils sont en groupe. Apparaissez comme un loup : quoi que vous disiez, ils auront peur et se rangeront à votre avis. Un peu comme le débat qui occupe les glandus sur l'identité nationale : c'est quand même plus facile de taper sur la population maghrébine que sur la chinoise. Entre les deux, laquelle est la plus nombreuse, laquelle possède l'arme atomique en masse ? Hein ? Et sur laquelle des deux on gueule ? Vous voyez
Ayez toujours ce principe à l'esprit.
A.2. Développement et techniques.
Une fois les quatre constatations intégrées, il ne vous reste plus qu'à appliquer quelques techniques simples pour devenir pédant et imbitable.
Règle 1. Soyez superficiel. Il vous faut un public. Être pédant avec une seule personne est inutile et contreproductif. Évitez par conséquent les amitiés intimes, les moments délicats qui ne se partagent qu'à deux et autres billevesées. Vous êtes un conquérant, vous êtes là pour écraser les autres sous le poids d'évidences bien senties.
Règle 2. Soyez intervenant. Entrez dans n'importe quel débat, surtout et en particulier si vous n'y connaissez rien. L'important est d'être remarqué, aussi n'engagez jamais la conversation, mais intervenez de façon saisissante à un moment donné. Vous offrirez ainsi à l'assistance un retournement de situation intéressant.
Règle 3. Soyez mesquin. Mais avec le sourire : les gens adorent ça. N'oubliez jamais, que, dans un débat, les spectateurs n'ont cure de la vérité : ils regardent qui va être mis à mort et s'en délectent à l'avance. Une petite saloperie bien sentie, même et surtout si elle est infondée, aura plus de poids qu'une démonstration rigoureuse.
Règle 4. Soyez de droite. En ce moment, c'est la mode, alors, suivez-là. Tous ceux qui ne sont pas de votre avis vous renforceront en vous contestant, car en ce moment la droite est agressive. C'est donc elle qui gagne la partie (cf. quatrième constatation).
Règle 4 bis. Soyez de gauche, mais modeste. Actuellement, par un cruel tour du destin symptomatique de la déchéance morale de la France multi-séculaire éternelle, un immigré venu des Pays-Bas (et qui en est fier, il le porte comme nom !) s'est emparé des commandes du Pays. Adoptez un comportement normal, étudiez l'ennemi et n'attaquez que les faibles, au bon moment, bien sûr.
Règle 5. Soyez de mauvaise foi. À toute objection qui vous est faite, ne répondez pas sur le fond mais attaquez la personne en la disqualifiant ad hominem ; c'est-à-dire en l'attaquant personnellement. Si l'on vous objecte les droits de l'homme alors que vous valorisez la dureté, traitez la personne, au choix, de : gauchiste, archaïque, obsolète, idéaliste, utopiste. Dans votre propre discours, en revanche, doivent impérativement se retrouver les termes suivants : pragmatisme, efficacité, réalisme, adaptation.
Règle 6. Soyez encore plus de mauvaise foi. Enfoncez des portes ouvertes en proclamant que vous brisez des tabous. Sous couvert de franchise, soyez grossiers, sous couvert de débat, attaquez les gens personnellement, sous couvert de distance, soyez méprisants. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. Mais sachez le faire avec le petit sourire de circonstance : le mode « sadique-séducteur » est plus payant que le mode « hystérique-frontal ». Dans le premier cas, vous faites culpabiliser la personne en face de vous, ce qui est excellent, dans le second vous risquez de réveiller son courage et son agressivité, ce qui est un risque inutile.
Règle 7. Soyez lâche. Si vous n'emportez pas l'adhésion de la foule, procédez immédiatement à un argument ex concessis, c'est-à-dire concédez à l'adversaire qu'il a raison sur le fond, pour tout de suite rappeler que le monde ne fonctionne pas comme le voudrait votre adversaire, et que bien sûr vous le regrettez. Placez juste en suivant l'argument classique de type sarkozyste : au moins, vous avez lancé le débat. Tout est dans le « au moins » : vous avez réussi à vous valoriser, même dans l'échec.
Règle 8. Soyez méchant. On peut parfois détester un méchant, mais on va toujours mépriser un gentil. N'oubliez jamais que seul le méchant fait rire et emporte l'adhésion de la foule. Vae Victis
Règle 8 bis. Soyez méchant, oui, mais modestes ! C'est essentiel !
Règle 9. Soyez péremptoire. Ne doutez jamais de ce que vous racontez, c'est une faille que l'adversaire utiliserait sans tarder.
Règle 10. Soyez perfide. Insinuez que votre adversaire est lui-même en contradiction avec ses propres principes en lui rapportant des événements de sa vie qui vont dans ce sens. À celui qui dénonce les brutalités policières, rappelez-lui dans quel état il était lorsqu'il s'est fait cambrioler, par exemple. À celui qui valorise l'environnement, demandez-lui gentiment quelle est la marque de sa voiture, déjà ? Si, de plus, elle n'est pas française, c'est le jackpot assuré : non seulement voilà un rêveur qui vit en contradiction avec des principes irréalistes, mais, de plus, c'est un mauvais patriote !
Règle 11. Soyez identitaire. Ça ne veut rien dire, mais c'est à la mode. Dans un débat, invoquez les grands philosophes occidentaux, que vous n'avez pas lu, pas plus que votre adversaire en tout cas. Étalez votre peu de culture en suivant la règle 9. Au besoin, inventez des personnages fictifs qui viendront appuyer votre thèse. Comment ? Vous ne connaissez pas le docteur Hermann Beiderstein, l'éminent commentateur de Ferenczi ? Il est de mon avis ! Laissez-moi vous éclairer, jeune homme... Et puis, franchement, entre nous, qui se rappelle que Louis XIV a fait alliance avec les Turcs pour battre les Autrichiens, hein ? Non, l'Europe, c'est un club de chrétiens, quoi, merde !
Règle 12. Soyez accusateur. Selon la technique éprouvée sarkozyste de type 2, posez une question générale à votre adversaire en lui demandant, en gros, « qui peut se satisfaire de la situation actuelle ? » Répondez immédiatement « personne, évidemment », tout en le pointant du doigt. L'assistance aura alors l'impression que l'adversaire s'est rangé à votre avis, et que, s'il lui prenait la fantaisie de contester, il se ferait accabler par tous car il se satisferait de la situation actuelle. Rusé, non ?
Règle 13. Soyez réactionnaire. Sous couvert d'identité et de valeurs, tapez sur les faibles ou les moins nombreux : chômeurs, arabes, femmes seules qui élèvent leurs gamins, homosexuels revendicatifs (mais pas trop, car, sociologiquement parlant, eux, ils ont des sous. Attention !), rôlistes et metaleux forcément sataniques, petites mains de la fonction publique, étudiants (sauf ceux qui font leur droit, évidemment), etc. Tapez-leur dessus selon la constatation 4 en leur attribuant les maux actuels. Attention : jamais sur tous à la fois, car là ils deviennent majoritaires ces cons ! N'oubliez jamais la règle 7.
Règle 14. Soyez ignoble. Accusez sans preuve, entourez votre adversaire de milliers de piques, il craquera. Le secret ? Tout le monde a quelque chose à se reprocher. Statistiquement, vous finirez bien par tomber sur quelque chose
Cette règle vient en complément de la règle 10.
Règle 15. Soyez sentencieux. Suite à l'application des règles 11 & 12, vous pouvez vous permettre de pontifier de manière pédante sur les « apports civilisationnels de l'Occident » et sur les vertus d'une « juste définition des valeurs » selon la définition de « l'honnête homme tel que l'entendait déjà Aristote. » Qui se rappelle que la plupart des savants grecs sont nés en Turquie, hein ? On peut aussi valoriser, de la même manière, les vertus chrétiennes en oubliant qu'ils ont tout piqué à Platon et à Epictète, enfin dans ce qui reste après les incendies et mises à sac des bibliothèques païennes
Non, pardon, je m'égare !
Règle 16. Soyez HYPE. Ce point est essentiel. On peut être de droite, mais moderne. Pédant, mais vêtu chez Diesel (publicité gratuite, mais je ne suis pas contre deux ou trois pantalons). Réactionnaire, mais avec un iPhone (même chose que pour Diesel). Il faut absolument éviter le syndrome « droite-rillettes », sans quoi tout est foutu. L'apparence, qui vous rend sexuellement attractif, fait ainsi passer votre discours pédant et creux pour quelque chose de moderne et de neuf, tout simplement parce que les gens pensent plus à baiser qu'à autre chose. Relisez « Nana », les premières pages
Vous devez également résider au sein d'une grande ville (hyper centre ou assimilé), quel qu'en soit le prix. Vous pouvez également écouter du Metal, pour donner une touche moderne et sulfureuse à votre personnalité, mais pas n'importe lequel, vous voyez ? Du Black moderne/indus, du Opeth
Pas de Running Wild ou de Saxon, quoi ! N'oubliez pas de ponctuer votre conversation d'anglicismes divers : « ugly », « hot », « baby », « laptop », « saperlipopette » (hein ?). Et, surtout, quel que soit votre âge, vous êtes JEUNE. 16 ans ? Jeune fille ou jeune homme. 25 ans ? Jeune employé(e) moderne. 35 ans ? Jeune femme, jeune papa, jeune célibataire, etc. 50 ans ? Jeune préretraité. 65 ans ? Jeune grand parent. 75 ans ? Jeune vieux. Vous êtes mort ? Oui, mais vous êtes un jeune mort !
Voilà, chers amis, mes petits secrets pour avoir une vie sociale riche et épanouie. J'espère que vous vous retrouverez dedans, sinon, c'est que vous êtes obtus, archaïques et passéistes !
Votre dévoué, Monsieurwar.
Frantz, 2010.
J'ai bien ri. Mais en même temps, quelles tristes vérités... ^^"
(Et merci pour le lama, tiens, je le fais ici héhé!)
Non d'ailleurs je ne te remercie pas, ce que tu écris est d'une puérilité digne d'un discours d'Anaximène ! C'est ce en tout cas ce qu'aurait dit mon ami procto-philisophe Anselme Dujonc.
J'aime bien la règle 11 : j'revendique mon identité de bombasse supra hot et de putain de génie super balèze et qu'en plus j'ai trop plein de zéros sur mon compte bancaire que même Zuckerberg à côté de moi, il fait ridicule !!!!